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Chapitre 1

  Tout débute un mardi ou un jeudi, peu importe…

  La notion du temps n'est plus vraiment prise en compte au sein de la zone grise. En d'autres termes, le temps perd son sens, seule la survie compte. Elle est vue comme l'enfer sur terre par ses habitants, qui sont contraints de survivre au cannibalisme, au vol, aux agressions, aux gangs, à la famine et à tout autre acte de déshumanisation.

  Toute cette succession d'événements est due à l'arrivée d'une abomination surnommée ? les spectres ? par la race humaine sur le globe terrestre. Ces visiteurs ont débarqué il y a de cela 52 ans, causant d'innombrables dégats et pertes humaines. Plus de 7 milliards de morts ont été signalés, soit 90 % de l'humanité. C'est environ quinze fois le nombre de morts de la Seconde Guerre mondiale, divisant l'humanité en trois zones.

  Ces créatures errent dans le but de satisfaire leurs désirs les plus macabres. Ce sont eux les propriétaires de la zone.

  C'est dans ce monde que vit Caleb Spencer, un ex-scientifique au sein de l'Ordre, ayant été exilé dans la zone grise pour des raisons suspectes. La pluie tombait sans relache. épaisse, lourde, interminable. Elle s'écrasait contre les immeubles éventrés de la zone grise, ruisselait sur les fa?ades délabrées et noyait les ruelles dans une boue noire et collante.

  Il avan?ait sous son manteau usé, le regard fixé devant lui. Caleb est un homme de la cinquantaine, assez grand de taille, avec des cheveux gris, un visage grincheux et des yeux rougeatres. Sa quête le mène au c?ur de la zone grise, là où repose un colis qu'il juge inestimable. Les rues étaient silencieuses, comme d'habitude, par peur d'être pris en embuscade par un gang ou de tomber face à un groupe de spectres.

  Caleb s'arrête net en face d'un ancien parc pour enfants abandonné. Les balan?oires grincent sous le vent, rouillées et tordues. Ce lieu lui rappelle le bon vieux temps, lorsque son père l'emmena avec son frère jouer au baseball. Il était accompagné de sa toute première batte, offerte par son grand-père le jour de son huitième anniversaire, pour se défendre en cas de menace. C'était un signe. La nostalgie l'emporte pendant un long moment, puis le retour à la réalité fut brutal…

  Une carcasse gisait au sol, déformée, éventrée. L'odeur était insoutenable. Le corps avait été mutilé, déchiqueté. Aucun doute possible, c'était une attaque de spectres. Caleb alluma une clope pour masquer la puanteur.

  — Putain… toujours ces saloperies.

  Il écrasa son mégot et reprit la route. Il avait une mission à achever.

  La pluie tombait toujours. Caleb avan?ait entre les infrastructures en ruines, capuche serrée autour de son visage, à l'abri sous son parapluie. Il regarda la pluie éteindre lentement son deuxième tabac. Il lacha un soupir, laissant la fumée se mêler à la brume.

  — Le monde est décidément trop humide pour les petits feux.

  à un carrefour, deux hommes se battaient pour un morceau de viande. Il détourna le regard. Après tout, il savait ce que c'était réellement. Après de longues heures de marche dans la vallée de l'ombre de la mort, Caleb était enfin arrivé à destination. Un homme l'attendait à l'abri d'un batiment effondré. Son sourire était malsain, son regard insistant. L'homme avait l'air d'avoir la quarantaine, avec ses énormes cheveux crépus, sa grosse barbe et ses dents en piteux état. Il tenait en main le fameux colis que Caleb convoitait avec obsession. Le colis était recouvert d'un liquide étrange.

  The story has been taken without consent; if you see it on Amazon, report the incident.

  Le c?ur battant d'une impatience inexplicable, Caleb s'approcha de l'homme. Ce colis qu'il attendait depuis des mois. Il rayonnait de bonheur, aussi na?f et exubérant qu'un gosse le matin de No?l.

  Caleb arracha la bo?te des mains de l'homme. Il n'en avait rien à faire du liquide. Il vérifia si le produit était toujours à l'intérieur. Heureusement — ou malheureusement — il y était encore. Caleb était satisfait du travail du livreur. Quand il voulut lui tourner le dos, l'homme l'intercepta sur-le-champ.

  — T'es s?r que t'as rien oublié, mon cher Caleb ?

  — Nah, cesse de me retenir, je suis pressé, répliqua Caleb d'un ton froid.

  Caleb avan?a, mais se fit encore arrêter par le livreur, qui lui lan?a un regard mena?ant.

  — Si tu me touches encore une fois, je te promets que je te briserai le crane.

  — Me prends-tu pour le dernier des connards ? Tu as promis que je pourrais m'amuser avec ce gosse que tu détiens. Ne te fous pas de moi.

  — Tu as promis que je pourrais l'approcher, le toucher, explorer chaque courbe à ma guise, murmura-t-il, un sourire équivoque aux lèvres.

  — Toi, tu débarques sans lui. J'ai risqué ma vie pour satisfaire tes besoins, tu me donnes la gerbe…

  — T'es une merde, Caleb. Si j'ai pas l'enfant, alors toi non plus tu n'auras pas ce colis.

  Caleb le fixa avec mépris, puis brisa le silence.

  — Désolé, l'ami, mais mes plans ont changé. Cet enfant me sera très utile pour mon projet, et j'ai pas envie qu'un salopard comme toi le touche.

  — Alors soit tu t'en vas sans faire de vacarme, soit je te tue, déclara Caleb d'un ton mena?ant.

  Secoué par la rage, le livreur avait le regard injecté de sang. La nuit commen?ait à tomber et l'atmosphère devenait glaciale.

  — Bon, je te laisse. Adieu, l'ami. Merci pour ton service, je t'en suis extrêmement reconnaissant, haha.

  — Pas si vite. J'ai attendu des mois pour cet instant, je ne vais pas repartir les mains vides. J'ai besoin de ton c?ur pour noyer mon chagrin.

  — T'as pas fini de pleurer ? C'est bon là. Sois reconnaissant que je t'aie laissé en vie.

  Le livreur en avait marre. Il sortit une seringue de sa poche et fon?a sur Caleb.

  — Ton c?ur m'appartient !!!!

  Le geste fut rapide. Sec.

  Un bruit sourd résonna.

  Le corps s'effondra lourdement sur le sol, sans vie. Crane brisé.

  Caleb ramassa la seringue, observa le liquide à l'intérieur, puis se détourna, son manteau taché de sang, sans un regard pour le cadavre. Il disparut dans la brume épaisse.

  — Patiente, Belial…, murmura-t-il.

  — Tu seras bient?t mon démon.

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