Cris étouffés, talons claquant, cliquetis de verres... tout s'accumule, me fait tourner la tête.
Je cherche une faille, quelque chose, n'importe quoi.
Un espace entre deux corps, une porte, un rideau... mon c?ur bat si fort que j'ai peur qu'ils l'entendent.
Chaque pas que je fais pour m'approcher de la sortie est comme un coup de tonnerre dans cette pièce.
Et puis... je la vois.
Une brèche. Une petite ouverture à peine visible entre deux silhouettes.
Je prend une impulsion sur le sol et...
Une main se pose sur ma nuque. Froid, ferme, inattendu.
Une voix, basse, tranchante :
— Couché.
Et tout bascule.
Et soudain, je me retrouve assis dans le noir
L'air est dense, chargé d'odeurs que je ne reconnais pas.
Le silence est total. Mon corps frémit, cherchant la moindre issue.
Devant moi, presque flotter dans l'obscurité, un symbole : un cercle parfait avec une coupe à l'intérieur.
Et la mon corps n'écoutant que lui même, prononce le nom..
— Asmodée...?
Pourquoi est-ce que je connais ce nom, putain !? Pourquoi je suis sur de connaitre ce symbole alors que je l'ai jamais vu de ma vie !?
Mon souffle résonne dans cette pièce inconnue.
Je suis seul. Et je sais que je ne suis plus dans celle d'avant. Qui sont ses gens et...
— "...qu'est ce qu'ils m'ont fait ?" C'est ?a que tu te demandes?
La voix vient d'en haut. Une silhouette descend lentement les escaliers, suivie de Mara.
L'homme est grand, costume sombre, regard acier. Il parle avec une assurance tranquille.
— Charlie Kopp. Directeur du .
Il s'arrête à quelques mètres, croise les bras, un sourire léger au coin des lèvres.
— Tu fais une dr?le de tête, gamin.
Je me débats, les poignets br?lants sous les liens.
— Pourquoi vous m'avez attaché !? Où est-ce que vous m'avez emmené !? Qu'est-ce que vous me faites, bordel !?
Kopp rit doucement.
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— Une question à la fois, hm ?
Il s'approche, sort son téléphone de sa poche, l'allume. L'écran éclaire son visage.
— Regarde.
Il me montre une vidéo. La qualité est nette, une vue fixe d'une caméra de surveillance. On me voit... là-haut, dans le bar. La femme pose sa main sur ma nuque, et sans résistance je descends calmement l'escalier. Je m'assois, je tends mes bras, et j'attache moi-même mes poignets à la chaise.
Je sens mon sang se glacer.
— C'est... c'est pas possible... C'est pas moi, je... j'ai pas fait ?a !
— Et pourtant, dit-il en penchant la tête, c'est bien toi.
Je le fixe, la gorge serrée. Mon propre visage à l'écran me regarde, vide, absent.
— C'est quoi ce bordel !? Comment vous faites ?a !? Où est-ce que je suis !?
Kopp s'approche encore, son ombre se mêle à la mienne.
Je veux répondre, mais il lève une main, comme pour dire .
Le silence retombe après mon cri. Le patron me fixe, immobile, son sourire figé comme une fissure dans du verre.
Puis, d'une voix plus grave, plus lourde :
— Nan, nan... à partir de maintenant, c'est moi qui pose les questions.
Il avance d'un pas. Sa main glisse lentement vers son visage. Je crois d'abord qu'il se frotte les yeux... mais non. Il retire quelque chose. Deux petites lentilles, minuscules, brillantes.
Et soudain, je comprends.
Ses yeux.
Ils ne sont plus humains. Plus rien à voir avec des yeux. Deux abysses d'un noir pur, sans reflets, sans lumière, sans fond. Des puits où la raison s'effondre.
— Bordel... c'est quoi ?a...?
Je tire sur les liens à m'en br?ler les poignets. Mara ! MARA ! Détache-moi, merde ! DéTACHE-MOI !
Elle reste là, derrière lui. Silencieuse. Son visage fermé. Aucun geste. Aucune émotion.
Je hurle, mais ma voix tremble. Le son se brise.
— Qu'est-ce que vous m'avez fait ?! C'est quoi, ce délire ?!
Le patron s'accroupit lentement devant moi. à cette distance, je sens son souffle. Il sent la cendre et le fer.
— Regarde-moi, Soren.
Je secoue la tête. Non. Pas question. Mais mes yeux... mes yeux bougent d'eux-mêmes. Quelque chose en moi me force à le fixer.
Une seconde. Une seule. Et je sens... comme un gouffre qui s'ouvre dans ma tête. Tout s'embrouille. Mon c?ur cogne.
— Ce que tu vois, dit-il d'une voix basse et presque douce, ce sont les yeux d'Othen
Je tremble.
— Les... les quoi ?
— Le don que j'ai réclamé à Asmodée. La vérité absolue. Il suffit qu'une personne croise mon regard pour me répondre... intégralement. Sans mensonge. Sans détours. Jusqu'à la moelle.
Il sourit. Et ce sourire, dans le noir de ses yeux, me donne envie de vomir.
Je ne comprends plus rien. Je veux sortir. Respirer. Hurler. Tout se mélange. Mon souffle devient saccadé, mes bras tirent dans le vide, les cordes me cisaillent la peau.
— Non... non non non non, je veux pas être là... laissez-moi partir... laissez-moi !
Ma voix résonne contre les murs froids. Personne ne bouge. Mara baisse simplement les yeux, comme si elle voulait dispara?tre.
Et lui...
Lui me fixe encore, calmement, comme un juge éternel.
Le patron s'accoude à la table, son visage noyé dans l'ombre.
Ses yeux noirs dévorent tout ce qu'ils croisent.
— Avec qui as-tu un contrat ?
Je serre les dents. Rien ne sort. Pas même un souffle.
Son regard devient plus lourd. Je sens une pression, comme si quelque chose appuyait sur ma tête, me for?ait à plier.
— Que sais-tu des écoles ?
Je veux détourner les yeux, mais je n'y arrive pas. Ma voix sort seule, détachée, monotone :
— Rien.
Le patron reste silencieux un instant. Je sens son trouble, léger mais réel.
Puis il penche la tête, intrigué.
— Pourquoi tu as tenu à suivre Mara ?
Je sens ma machoire se crisper.
Et encore une fois, ma bouche parle sans moi.
— J'ai fait un rêve. Un rêve terrifiant. Depuis, je vois des choses que je n'avais jamais vues avant.
Le patron échange un regard avec Mara.
Elle ne comprend pas. Lui, si.
Sa voix tremble à peine lorsqu'il reprend :
— Quel genre de rêve ?
Je ferme les yeux. Les images reviennent malgré moi.
Un souffle rauque me traverse.
— Ce n'était pas moi. J'étais... quelqu'un d'autre. Je voyais à travers ses yeux. Un endroit qui br?lait... et des silhouettes agenouillées. Il y avait un tr?ne... un nom qui résonnait dans ma tête.
Le patron se fige. Ses mains se crispent.
— De... qui ?
Sa voix a changé. Ce n'est plus un interrogatoire. C'est une prière mal formulée. Une peur retenue.
Tout devient immobile. Même l'air s'épaissit.
On dirait que le monde entier attend ma réponse.
— Bélial.
Le mot tombe comme un poids.
Et aussit?t, la pièce s'éteint.
Les lumières claquent.
Le sol vibre.
Les portes se ferment d'un coup sec, projetant un vent glacé.
Les ampoules vacillent, puis tout s'éteint.
Un bruit monte, sourd, presque un gémissement venu des murs.
Je sens quelque chose passer derrière moi.
Des ombres. Des voix qui n'en sont pas.
Puis, le silence.
La lumière revient d'un coup, froide, blanche.
Je cligne des yeux. Mes liens me br?lent toujours la peau.
Le patron remet lentement ses lentilles, comme s'il venait de croiser quelque chose qu'il aurait préféré ne jamais revoir.
Mara, elle, recule d'un pas. Ses mains tremblent.
Il se tourne vers elle. Sa voix est basse, grave.
— L'homme que tu as ramené... n'est pas un contractant.
Il relève les yeux vers moi.
— C'est bien pire que ?a.

