home

search

Prologue

  Vestiges d’un temps révolu, enfouis dans les nuages au creux d’une montagne inaccessible aux mortels. Les ruines d’un chateau mystérieux ne représentaient plus que l’ombre de leur splendeur passée. Cette demeure appartenait à un puissant archimage du nom de Zaodja.

  Une source surnaturelle serpentait le long du plateau, pour répondre aux besoins des hommes. La lune éclairait aisément ces amas de pierres jadis somptueux. Ses rayons se reflétaient dans cette rivière éternelle, procurant une luminosité amplifiée. Ce qui permettait aux rares serviteurs de se mouvoir dans ces décombres.

  Sur le toit de l'unique poivrière restante, accrochée à la dernière tour encore intacte, deux minuscules yeux scrutaient l'horizon. Une créature observait patiemment, cachée sous une tuile sortie de son logement. Elle remarqua la silhouette d'une personne courbée, marchant avec difficulté, semblant entamer un balai de va-et-vient.

  L’intendante aux cheveux d'un blanc gris, les yeux enfoncés, portait des guenilles sombres et dépareillées. Elle se dirigea lentement vers la chambre du ma?tre. Elle poussait les décombres du bout de sa canne en bois de ronce.

  Une tache noire et blanche se mit en mouvement, serpentant sur les tuiles remplies de mousse et de lichen. Elle descendit du toit aisément puis se faufila sur le mur en pierre blanc moucheté de sang coagulé. Une vingtaine d’années auparavant, un dragon s’était accroché à cette tour, lacérant la pierre de ses griffes furieuses. L'être bicolore s'y engouffra, restant toujours à l'abri des regards. La vieille dame allait franchir le palier dans quelques instants.

  Lily ouvrit la porte et constata que Gorki, le scribe au nez démesurément long et aux oreilles en forme de feuilles de choux, était présent. Un gnome rondouillard, à la peau sombre, était assis sur l'unique chaise de la pièce. Il portait une salopette mono bretelle d'un bleu turquin et une chemise blanche usée.

  La femme rentra de son pas claudicant, déposa sa canne sur le bord du lit et contempla l'archimage endormi. C’était un homme grand et gracile, aux longs cheveux noir de jais soigneusement peignés. Son visage, que le temps semblait avoir épargné, portait pourtant quelques rides discrètes. Il était habillé d'une tunique blanche à manches courtes ornée de motifs runiques. Le ma?tre s’était plongé dans un état second. Il maintenait ses fonctions vitales afin de recharger le mana épuisé lors de son dernier combat, vingt et un ans plus t?t. L'intendante venait quotidiennement faire sa toilette, le rasait quand c'était nécessaire et surveillait son état général. Elle prit enfin la parole.

  — Gorki, a-t-il montré de quelconques signes de son réveil??

  — Non… Mais je sens qu'il se passe quelque chose… Son mana… annon?a-t-il en marquant une pause. Est différent… il n’est plus en harmonie.

  — Tu crois que le ma?tre va…

  — Soit il va se réveiller, soit… Ses dernières forces le quittent.

  — Tais-toi ! Chuchota-t-elle gravement, le point serré. Je descends chercher le seau d'eau et son linge propre. Veux-tu bien lui ?ter sa tunique pour aider une vieille dame dans sa pénible tache ? questionna Lily en esquissant un léger sourire.

  — Profites-en pour me rapporter mon nécessaire d'écriture, vieille dame, sait-on jamais ! lui rétorqua-t-il en lui retournant son petit sourire.

  La régisseuse reprit sa canne et partit de son pas boitillant, refermant délicatement la porte.

  Au petit matin, Gorki fut tiré de ses pensées. Ses minuscules yeux délavés par les nombreux siècles de servitude contemplaient le paysage par la fenêtre. à l'extérieur, les nuages s'étaient assombris, tournoyant en spirale, créant un vortex zébré d'éclairs sans émettre aucun bruit. Le scribe sentit son corps se contracter, ses poils se dresser. L'afflux de mana qui était à l'?uvre en devenait palpable.

  La magie plongea d’un coup, traversant la plus haute tour, le sol en pierre, puis l’escalier en colima?on sans être freinée. Elle s’infiltra dans la chambre où se trouvait Gorki. Elle entra en résonance avec le flux de mana de l'archimage. L'énergie fut totalement absorbée par sa chair. Le serviteur s'avan?a rapidement, mais fut arrêté net par une onde de choc jaillissant du corps de Zaodja, le repoussant brutalement. Il alla s'écraser contre le mur avec une telle violence qu'il perdit connaissance instantanément.

  à son réveil, le vieux Gorki essaya de s'asseoir en prenant conscience qu'une ou plusieurs de ses c?tes étaient endommagées. La position assise, dos contre le mur, atténuait sa souffrance. Son ma?tre, debout face à lui, lévitait à quelques centimètres du sol. Zaodja semblait indifférent à l'état de son valet. Ses yeux opaques, figés de tout mouvement oculaire, le fixaient.

  L’air vibra autour du lit, saturé de mana.

  Soudain, ses lèvres remuèrent, nul son n'en sortit, mais le scribe comprit qu'il lan?ait un sort. Sept petits orbes de lumière s'élevèrent au-dessus du mage. Six filèrent vers les issues de la chambre. Quant au septième, il virevolta proche d'une cloison, se posa délicatement et fut absorbé lentement.

  Le gnome sentit ses oreilles bourdonner. La porte se verrouilla toute seule, suivie de la fenêtre qui émit un clic. Le souffle de l’archimage s’intensifia, presque inhumain. Sa peau, traversée de veines luminescentes, se craquelait comme de la porcelaine. La voix fut tellement puissante que Gorki tressaillit.

  — Maintenant, les SEPT sont là !

  Chaque inspiration semblait lui co?ter une part d’ame. Une rune apparut dans l’air, avant de s’éteindre.

  — à leur éveil, l'ombre se dissipera?!

  Une vibration fit trembler les murs.

  Gorki plaqua les mains sur ses oreilles, en vain. Le son vibrait dans sa tête.

  — De leurs unions, le monde dépendra?!

  Le mage se cambra. Des runes de lumière jaillirent autour de lui, tournoyant dans un cercle parfait. Du sang s’écoula de son nez et de ses oreilles.

  — Le premier, vivant avec les ombres, il fauchera !

  Une ombre sortit d’un mur et dévisagea le serviteur avant de dispara?tre dans une gerbe de fumée. Gorki crut distinguer deux iris vaporeux avide de vengeance.

  — Le deuxième, dans son océan de larmes, le salut, il trouvera !

  à chaque vers, des images confuses se formaient dans l’esprit du scribe. Un homme au visage de pierre lui apparut. En le voyant, il fut submergé par une vague de tristesse suivie d’un go?t salé dans la bouche.

  — Le troisième, dans son miroir, le reflet du quatrième appara?tra !

  Le verre de la fenêtre vibra. L’espace d’un instant, Gorki vit son propre visage s’y reflèter puis faire un signe de tête.

  — Le cinquième, de son amie fidèle, le jugement se fera?!

  Zaodja se mit à trembloter, le corps chancelant. Une onde de mana le parcourut entièrement lui déclenchant un hurlement de douleur. Il l’expulsa violemment, projetant de nouveau Gorki contre le mur.

  — Le sixième de ces ténèbres, l'ennemi fuira !

  Des flammes noiratres s’élevèrent du sol consumant oxygène ambiant. Le gnome rondouillard peinait à respirer, une odeur de chair carbonisée envahit l’air.

  Au même instant, plus bas dans le chateau, Lily montait les marches, ignorant que le monde venait de basculer quelques étages au-dessus.

  — Quant au septième de ces formes, il les réunira !

  La dernière étincelle de mana s’éteignit. Zaodja retomba lourdement sur le lit, endormi, le teint livide, les lèvres encore entrouvertes.

  If you discover this tale on Amazon, be aware that it has been stolen. Please report the violation.

  Le silence, fut presque douloureux. D’infimes particules de magie flottèrent encore dans l’air, comme le dernier souvenir avant le réveil.

  Gorki, tremblant encore, sentit son c?ur battre à tout rompre. Puis, plus rien. Il voulut parler, mais aucun son ne sortit. Seul restait dans son esprit l’écho des derniers mots prononcés.

  — Prenez garde, ces serviteurs agissent déjà !

  — La reine ne veut qu'une seule chose, son retour ici-bas !

  Un bruit familier d’une canne sur la pierre raisonna dans le couloir. L’intendante approchait, ponctuelle, comme d’habitude, indifférente aux derniers événements.

  Lily arriva devant la porte, le bras chargé d'un seau d'eau rempli de moitié, d'une petite bassine avec poignets et une nouvelle tunique pour son ma?tre. Elle avait également mis en bandoulière le nécessaire du scribe, dans lequel elle avait glissé un parchemin vierge.

  L'intendante tapota du bout de sa canne pour signifier à Gorki qu'elle voulait rentrer. Un bruit sourd et un clac fut sa seule réponse. La vieille dame laissa tomber son fardeau et posa la main sur la poignée. Une sensation désagréable lui fit lacher la clenche. Elle réitéra son action, mais rien ne se passa, la porte s'ouvrit toute seule devant une bien curieuse vision. L'archimage était par terre, comme une poupée de chiffon qu'on avait jeté là sans ménagement. Près de lui, son serviteur, le dos collé au mur, reprenait difficilement son souffle.

  — Pauvre fou, qu'as-tu fait ? beugla l'intendante.

  — Ce n’est pas moi… affirma-t-il en toussant. Il s’est réveillé… Et tout est devenu confus…

  — Réveillé ? Le ma?tre est couvert de sang ! Partout… Par tous les dieux…

  — Vieille folle, lui lan?a-t-il, vient plut?t m'aider à me relever.

  Une fois la chose faite, il lui expliqua ce qui venait de se produire, n'omettant aucun détail hormis les paroles du ma?tre. Gorki réclama son nécessaire pour retranscrire la prophétie, puis il fit fondre un peu de cire rouge et imposa une rune qui scellat le tout. Ils quittèrent la chambre. Lily alla remplir un nouveau seau d'eau pour faire la toilette de leur ma?tre. Gorki, quant à lui, se dirigea vers la bibliothèque qui se trouvait dans une autre aile.

  Le chateau retomba dans le calme, seulement troublé par les craquements du bois et les jurons de l’intendante qui s’éloignait. Les serviteurs vaquèrent de nouveau à leurs occupations, persuadés que tout danger était écarté.

  Mais sous les pierres tiédis par le mana, quelque chose bougea. Une autre présence, qui avait assisté à toute la scène, se décida enfin à passer à l'action. Une salamandre tachetée, blanche et noire, aux yeux vairons, sortit de sa cachette, un creux entre deux pierres dont le joint avait depuis longtemps disparu. Le batracien lézarda sur la paroi verticale à la recherche d'un endroit précis, qu'il trouva à la jointure du mur et d'une poutre rongée par les termites.

  Il se faufila dans le trou, tête la première, se glissant entre la pierre et le bois sans être freiné dans son élan. Il lui fallut puiser dans son agilité et de sa persévérance pour se retrouver à l'air libre. La salamandre avait une vue d'ensemble de ce qui restait de l'immense cour intérieure. Elle mit plusieurs minutes pour descendre sans se faire repérer, parfois accélérant son allure, changeant constamment de direction, s'arrêtant aux moindres bruits suspects. Arrivant sur la terre ferme, elle se cacha derrière un bloc de granit rose terne, certainement une tombe d'un être aimé, car devant la stèle était posé un vase de fleurs fra?ches.

  L’amphibien haletant fut secoué de spasmes. Sa peau luisa sous les premiers rayons du soleil et fut parcourue d’ondulations externes. La salamandre inspira longuement. Sa peau s’étira, le thorax s’élargit, puis craqua.

  Une première mutation déforma ses pattes arrière. Les doigts se tordirent, se soudèrent partiellement, laissant pousser des serres fines et noiratres. Les talons pivotèrent, un craquement d’os résonna dans la nuit. La peau se resserra sur la chair, laissant appara?tre un duvet sombre. La créature poussa un cri muet, muselé, uniquement par instinct de survie.

  Son dos se bomba, son abdomen se rétracta, chaque respiration arrachait un rale controlé. Une membrane translucide se déploya sur les deux nouveaux membres qui venait de s’extirper. Des plumes jaillirent, d’abord rares et fines, puis plus denses, jusqu’à recouvrir tout le corps.

  Le museau s’allongea, se durcit et se fendit en son mileu. Les yeux ne changèrent pas de couleur, l’un vert bleuté et l’autre doré. Enfin, la bête cessa de trembler. à la place du petit amphibien tacheté gisait un corbeau aux plumes anthracite, le souffle court, encore pris de soubresauts. Il remua sa queue tout ébouriffée.

  L’oiseau tenta un premier battement d’aile hasardeux. Un frisson de douleur parcourut son corps. Il réitéra, plus doucement, sentant la structure osseuse s’ajuster. Cette nouvelle métamorphose avait vidé le corvidé de sa force vitale, il devait fuir. Alors, il bondit d’un mouvement brusque et s’envola dans un froissement de plumes.

  Le volatile accéléra son allure et effectua un premier cercle pour recalibrer cette forme. Le second cercle lui permit de prendre de la hauteur. Avec sa vision accrue, il scruta l'horizon pour se faire un schéma mental des environs et sonda les courants d'air. La voie était libre, le troisième cercle serait son dernier dans ces lieux. Il plana jusqu'au couloir invisible, les courants lui permettront de minimiser sa perte d'énergie vitale.

  L'oiseau, maintenant, survolait la cour extérieure, là où, jadis, se trouvait une écurie, une basse-cour, où les statues tr?naient fièrement. La fontaine centrale, depuis longtemps tarie, recouverte de lierre et d'autres plantes grimpantes, était le seul vestige encore debout.

  Un mouvement rapide, suivi d'un reflet, capta son attention. Le corvidé changea brutalement de direction sans émettre le moindre bruit. Il prit de la hauteur, cherchant un perchoir dans une partie ombragée du domaine. Il trouva refuge dans un hêtre centenaire, hors d'atteinte pour un humain, bien camouflé par un feuillage fourni.

  Le soleil continuait sans ascension quotidienne, s’approchant de son zénith. La dénommée Lily marchait énergiquement, étonnamment droite pour une personne de son age, et cela, sans sa précieuse canne. L'intendante s'arrêta, se mit à faire de grands signaux avec les bras pour héler une personne hors de son champ de vision.

  Le corbeau sautilla légèrement de branche en branche. Il tenta de faire le moins de vent possible pour ne pas être repéré. L'oiseau fit la mise au point de ses nouveaux yeux et vit enfin la seconde personne, Gorki, à plus de cent pas.

  Le serviteur cherchait la clé de la bibliothèque sur un trousseau bien trop fourni. Il se plaignait, en les mettant dans la serrure, une à une. En levant de nouveau les yeux au ciel, il aper?ut la régisseuse qui lui faisait de grands signes. Visiblement, quelque chose n’allait pas, elle semblait effrayée.

  Lachant son trousseau, il courut aussi vite que ses frêles jambes lui permettaient. Son corps faisait déjà na?tre ces premières gouttes de sueur. Il avait le souffle court, impossible pour lui de prononcer un seul mot. Le domestique souffla longuement, luttant pour respirer convenablement. Il réussit finalement à ouvrir la bouche et à demander.

  — Qu'est-ce qui se… Lily, tout va bien ? l’interrogea-t-il l’air décontenancé.

  La vieille femme n’eut aucune réaction. Son regard, d’habitude vif et espiègle, semblait vide.

  — Lily ?

  Elle ne répondit toujours pas. Le scribe hésita. Un détail l’alarma dans sa fa?on de respirer. Un bruit caverneux résonnait à chaque expiration.

  — Lily… tu m’entends ? réitèra-t-il, en fouillant nerveusement dans ses poches, la main tremblante.

  L’intendante leva mollement le poignet et tendit son index vers le gnome. Une brume pale s’échappa du doigt, serpentant le long de son bras jusqu’à sa bouche. Gorki recula, horrifié.

  — Donne… le… moi ! peina-t-elle à articuler.

  Le temps d’un regard, une étincelle de vie apparut dans ses yeux. Une larme vint perler sur sa joue creusée.

  — Fuis ! murmura l’intendante déjà de nouveau amorphe.

  — Quoi ? Lily, que t’arrive…

  Gorki n'eut pas le temps de finir sa phrase. Sans la moindre hésitation, elle enfon?a une dague dans la gorge. En la retirant, un sang marron jaillit et se répandit sur le sol à chaque tentative de respiration. L’intendante lui perfora le c?ur l’instant d’après, avec un rictus malsain. Le corps de Gorki s’affaissa lentement, comme si le temps lui-même hésitait à tomber. Dos à terre, le visage face au ciel, ses yeux se ternirent, pour l’éternité. La vielle dame ne bougea pas.

  Ses doigts tremblaient, mais son visage resta impassible.

  Le silence se fit tombe, inéluctable.

  Lily essuya sa lame sur les fripes du serviteur mort et rengaina son arme dans un étui caché à la ceinture. La régisseuse fouilla dans les poches du défunt pour trouver le parchemin scellé. Elle se redressa avec souplesse, s’étira le cou et fit craquer ses épaules. Un grésillement capta l'attention de la meurtrière, une ombre se matérialisa derrière une statue d'un mage, couvert de mousse et décapité par le temps et les intempéries.

  — Parle !

  — Ma?tre… chuchota une voix rauque, La mission est accomplie... L’artefact… Retrouvé…

  — As-tu été repéré ? questionna-t-elle sur un ton autoritaire.

  — Un homme… Protégeait l’accès. Maintenant, il protège plus rien…

  — Rentre ! Interroge le nain, s'il refuse, tu sais quoi faire !

  — Bien, Ma?tre... Il sera fait selon vos désirs, murmura-t-il en s'inclinant le plus bas possible.

  Le corbeau, après avoir assisté à cet effroyable meurtre de sang-froid, décida d'attendre, tapi dans les fa?nes et le feuillage vert du hêtre. Il était sur le qui-vive. Chaque bruit qu'il percevait pouvait lui signifier un danger imminent. Son instinct lui dictait de rester caché.

  L'oiseau finit par sortir de sa cachette une dizaine de minutes après le départ de l'intendante et de ses sbires. Il prit rapidement de la hauteur, battit ces ailes anthracite frénétiquement, créant un maximum de distance entre lui et le sol. Le terrain sous lui était jonché de morceaux de statues recouverts de lierre à feuilles blanches et vertes, de mousse aux différentes couleurs. Les vestiges d'une tente en toile, or et rouge, virevoltaient au gré du vent. Des gravats avaient été mis à l'écart du sentier principal pour faciliter l'accès aux serviteurs présents sur place.

  L’oiseau franchit l’ancien pont-levis, encadré de deux énormes piliers de pierre. Il aper?ut l'orée d'un bosquet, son salut était proche. Le corbeau zigzagua entre les branches et les troncs d'arbres, lui permettant d'esquiver toute sorte de projectile. Prenant bien soin de ne jamais reproduire le même schéma, de changer de rythme, il perdait du temps et de l'énergie à faire cela, mais il ne pouvait pas s'y résoudre. Le corbeau dépassa les derniers arbres. Il capta un premier courant d'air chaud pour gagner en altitude, un second, puis un troisième, qu'il le fit planer au-dessus de la couronne montagneuse.

  Il jeta un dernier regard, personne ne l’avait suivi, ni même aper?u. Il écarta ses ailes le plus possible, plana quelques secondes et piqua en fondant droit vers les nuages. Le corbeau puisa dans ces dernières forces afin de se rendre dans son ?le, son refuge. Exténué, n'ayant plus aucune once de mana en lui, luttant depuis des heures, son corps lui réclamait du repos. Enfin, Lyk était chez lui. Le sommeil ne lui laissa aucune chance, il s'endormit à même le sol.

  Quelques minutes après le départ du volatile noir, la dénommée Lily marcha vers ce qui était jadis, un jardin somptueux, aux mille couleurs. Le jardinier chargé de l'entretenir avait rendu son dernier souffle, il y avait une dizaine d'années. Depuis, la nature avait repris le dessus. Tout était recouvert de ronces, de mousse, de mauvaises herbes en tout genre et de petits arbrisseaux aux feuilles acérées étaient sortis de terre pour étouffer les végétaux environnants.

  Sous contr?le, la servante avan?ait sans s’arrêter malgré les obstacles. à chaque pas que la vieille dame faisait, apparaissaient des traces de sang sur ses vêtements en lambeaux. Une multitude d'épines se plantaient dans la chair de ses mollets, faisant ruisseler l'hémoglobine le long de ses frêles chevilles. Pourtant, elle ne criait pas. La domestique s'arrêta près d'un arbre au tronc massif avec des branches tortueuses.

  Subitement, l’air se fit plus froid, une odeur de putréfaction emplit les lieux. L’ombre de l’intendante s’étira anormalement, jusqu’à plonger dans l’obscurité du vieux chêne. Un homme encapuchonné se détacha lentement de la pénombre, comme s’il naissait d’elle-même. Il avan?a lentement vers Lily, leva l'objet qui était dans sa main droite puis le pointa sur la malheureuse ensanglantée.

  — Je ne dois pas laisser de traces de mon passage, dit-il, en se délectant de cette scène.

  Une force mystérieuse attrapa l'intendante, la serrant à la gorge avec force. Sa tête devint écarlate, ses yeux commen?aient à sortir de leurs orbites. Son corps fut pris de soubresauts, elle suffoquait. La pauvre femme avait à présent l'?il vitreux et le sang dégoulinait de son nez. La pression exercée sur sa gorge fut tellement puissante, qu'il y eut un bruit d'os qui craque. Le corps s’effondra au sol, méconnaissable.

Recommended Popular Novels