Le soir du lendemain, l'Empereur fut de retour. Elle l'invita à s'asseoir à sa table.
— Comment se passent tes journées ? lui demanda-t-il soudainement, comme si de rien n'était.
Surprise, elle baissa les yeux et fixa ses mains.
— Hum… ?a va. Owen a l'air d'aller bien, c'est tout ce qui compte pour moi.
— Es-tu satisfaite ?
Elle leva alors le regard vers lui.
Elle sentait que cette question n'était pas anodine. Que pouvait-elle bien répondre ? Elle n'était évidemment pas heureuse, mais elle ne pouvait ni lui avouer, ni lui mentir, craignant les représailles.
Son regard effrayé croisa le sien? et, après avoir réfléchi quelques instants, elle ferma les yeux et prit une inspiration.
— Je… je ne suis pas à plaindre. Le bonheur de mon fils suffit à faire le mien.
Elle marqua une pause, puis reprit.
— Ma réponse vous convient-elle ?
— C'est un début. Sois reconnaissante de ce qui t'est offert.
Il la dévisagea un long moment, durant lequel aucun d'eux ne parla. Puis, il demanda.
— Que désire-tu ?
— J-Je vous demande pardon ?
— Puisque tu n'es pas satisfaite, cela signifie que tu désires autre chose. Qu'est-ce donc ?
Elle cligna des yeux, incrédule. Elle allait lui répondre du tac au tac, mais se ravisa, pensant que cela cachait forcément quelque chose. Elle rassembla ses pensées.
— Je… je voudrais simplement comprendre. Je veux des réponses.
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— à quel sujet ?
Elle hésita un instant, puis poursuivit.
— Que suis-je vraiment, pour vous et pour Owen ? En quoi suis-je différente ? D'où est-ce que je viens ? Qui sont mes parents ? Et… pourquoi me garder enferm—
Réalisant qu'elle était peut-être allée trop loin, elle s'arrêta brusquement, l'observant avec crainte. Le sourire qu'il arborait lui fit froid dans le dos.
— Je vois. Rien n'est gratuit dans la vie. Qu'es-tu prête à m'offrir en échange de ces réponses ?
— Je… je vous ai déjà tout donné, dit-elle en baissant la tête. Je n'ai rien de plus à vous offrir…
— Vraiment ? Quel dommage. Je crains donc de ne pas pouvoir répondre à tes questions, dit-il en se levant, s'apprêtant à repartir.
— Un instant ! Qu'attendez-vous de moi ? Donnez-moi au moins une piste ! répondit-elle en faisant rapidement de même, paniquée.
Il réfléchit, puis s'avan?a vers elle d'un pas nonchalant.
Lentement, il tendit la main vers la jeune fille qui resta figée, le c?ur battant. Il posa sa main sur sa joue, et la fit glisser délicatement sur sa peau, son pouce caressant ses lèvres, presque tendrement.
Sa main continua de descendre jusqu'à son cou, qu'il attrapa d'une poigne ferme — oubliant toute délicatesse — et serra avec force.
Prise de court, elle écarquilla les yeux d'incompréhension, cherchant à reprendre son souffle, en vain. Le regard toujours planté dans le sien, il resserra sa prise davantage, lui coupant la respiration.
Elle attrapa sa main, tentant de lui faire lacher prise. Des larmes roulèrent sur ses joues lorsqu'elle dit avec difficulté :
— P-Pitié… épargnez-moi… je ne… veux plus mourir…
L'Empereur approcha lentement sa bouche de son visage, et lui murmura à l'oreille :
— Ta vie m'appartient. Soumets-toi.
Commen?ant à suffoquer, la jeune mère eut un vertige, ses jambes ne parvenant plus à la porter.
Au moment où elle se sentait sombrer dans l'inconscience, il relacha soudain sa prise. Elle retomba à genoux, toussant et reprenant péniblement son souffle.
Debout devant elle, l'Empereur la dominait de son regard impassible. Immobile, sans jamais l'aider à se relever, il attendait sa réponse en silence.
Au bout d'un moment qui sembla être une éternité, elle dit enfin, d'une voix tremblante et les yeux fixant le sol.
— Bien… Vos désirs sont des ordres.
Il sourit d'un air satisfait et s'en alla. Restée à terre, seule et choquée, elle éclata en sanglots.

