Le soir-même, l'Empereur rendit visite à la jeune fille. Comme à son habitude, il se présenta à elle, le visage fermé, indifférent. Dans l'esprit de la captive, tout était clair. Sa conversation avec Owen, un mois plus t?t, lui avait redonné de l'espoir.
Pourtant, rien n'avait changé. Après chaque journée que son fils, qui l'encourageait à rester patiente, passait à ses c?tés, elle devait ensuite endurer la même souffrance nocturne.
Elle ne lui en voulait pas. Au contraire, elle lui était reconnaissante de se soucier d'elle. Il était bien le seul à le faire. Elle craignait autant pour sa propre vie que pour celle de son fils, et pour cela, elle préférait encore accepter les événements plut?t que tenter de faire des vagues. Elle endurait. Comme toujours.
Mais ce soir-là, l’atmosphère elle-même était différente. Quelque chose avait changé. L'Empereur lui sembla plus pressant, plus brusque que d'ordinaire.
Au moment où elle s'apprêtait à s'abandonner à lui, elle entendit la porte s'ouvrir violemment. Ne pouvant voir la porte d'où elle se tenait, elle vit l'Empereur s'interrompre, et tourner légèrement la tête, d'un air mécontent.
— ARRêTE ! hurla une petite voix tremblante.
Cette fois, l'Empereur se releva et se tint face à l'intrus, tous deux immobiles.
— Tu ne devrais pas être là. Retourne dans tes appartements. Immédiatement.
— Non.
Owen entra dans la chambre à toute vitesse et passa derrière son père, l'ignorant délibérément. Il prit la main de sa mère et l'aida à se relever. L'Empereur le suivit du regard, sans broncher.
— Laisse-la, maintenant, ajouta Owen. Même si mes pouvoirs sont inutiles… j'ai promis de… la protéger. Je ne veux pas… continuer à faire… comme si de rien n'était…
à mesure qu'il parlait, sa voix tremblait de plus en plus, ses yeux se remplissant de larmes. Il se mit à pleurer et s'appuya contre sa mère. Elle le serra contre lui, sans quitter l'Empereur des yeux, un air de défi dans le regard.
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— Tu ne devrais pas faire des promesses que tu ne peux pas tenir, Owen, déclara-t-il enfin. Prépare-toi.
D'un geste fluide, il saisit son fils par le bras, le tira brusquement et le projeta au centre de la pièce, renversant la table et les chaises. La jeune mère laissa échapper un cri d'horreur.
— Je crains de n'avoir été trop doux envers vous deux. Il est temps, mon fils, que tu comprennes que tu n'es pas de taille. Pas encore, du moins.
Owen se releva péniblement, sentant un liquide chaud couler de l'arrière de son crane. Il vacilla, mais parvint à retrouver son équilibre. Terrifié, il leva lentement la tête, déterminé à s'opposer.
— Pitié, arrêtez ?a ! Owen, je t'en prie, retourne dans ta chambre, ?a va aller ! dit la jeune fille, dans une vaine tentative de sauver son fils de la colère de son père.
Contre toute attente, l'Empereur ne chercha pas à rejoindre Owen. à la place, il se tourna vers la jeune fille, la détermination se lisant dans le regard ; puis, il lui attrapa le poignet.
Soudain, un frisson parcourut l'air. L'espace se tordit, une lumière pale les enveloppa, et la chambre, son fils et tout le chaos autour d'elle disparurent d'un seul coup. Elle eut juste le temps d'entendre la voix d'Owen criant ? NON ! ?.
En une fraction de seconde, l'Empereur et elle se retrouvèrent dans un lieu qu'elle ne connaissait pas, mais qui ressemblait à une prison. Le déplacement instantané lui donna le vertige, mais il la tenait toujours fermement, l'empêchant de tomber. Il ouvrit une cellule et la poussa à l'intérieur, avant de l'enfermer à double tour.
— Un séjour ici devrait vous faire le plus grand bien à tous les deux, dit-il d'un ton tranchant, trahissant sa colère.
Il s'en alla d'un pas rapide. Encore sonnée, la jeune fille se laissa tomber sur le sol froid et humide de sa minuscule cellule.
???
Au moment où sa mère avait disparu en même temps que son père, Owen, encore étourdi par le coup qu'il avait pris et submergé par un mélange de colère, de frustration et d'impuissance, était effondré. Il n'avait plus la force de pleurer, de crier, ni même de bouger. Le regard vide, de longues minutes s'écoulèrent dans un silence glacial, dans lequel seul le souffle irrégulier de sa respiration se faisait entendre.
Lorsque les gardes arrivèrent dans la pièce, constatant la confusion qui y régnait, ils y trouvèrent le jeune Prince, blessé et inconscient.

