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Chapitre 14 - À la Dérive

  Lorsqu'Owen se réveilla, le matin, il était dans son lit. Il était seul dans sa chambre, une lumière tamisée l'éclairant faiblement. Se remémorant les événements, il se leva brusquement, mais un vertige le for?a à s'asseoir. Une douleur persistait à l'arrière de sa tête. Pourtant, il n'en restait aucune blessure.

  Il se croyait en sécurité, certain que la cruauté de son père ne l'atteindrait pas. Mais pour la première fois, son père avait levé la main sur lui… et il en avait été blessé. Un seul mouvement, une seule action suffirent à le terrasser. Son père était encore plus impitoyable qu'il ne l'avait jamais imaginé.

  Après avoir repris ses esprits, il se redressa doucement et quitta sa chambre. Un garde, positionné à sa porte, l'observa un instant avant de s'éloigner, comme s'il attendait son réveil. Owen, inquiet, partit à toute vitesse dans la direction de la chambre de sa mère.

  Mais lorsqu'il arriva enfin, la chambre était vide. Les meubles avaient été remplacés et toute la pièce remise en état comme si rien ne s'était passé. Pourtant, l'odeur de sa mère flottait toujours dans l'air. Pendant un instant, il eut même l'impression de la voir, comme si son souvenir à lui seul pouvait en créer l'illusion. Il revit la scène précédant l'instant fatidique : son père, la tenant fermement, et lui, à l'autre bout de la pièce, chancelant et à moitié assommé. Le mirage se dissipa en même temps que son père disparaissait avec elle.

  Il sortit et chercha une suivante, un serviteur ou un garde, mais les couloirs étaient silencieux, comme si tout le monde l'évitait, par peur de représailles.

  Owen erra dans le palais, désert et inquiétant, mais ne trouva aucune trace de sa mère.

  Le c?ur serré, il retourna dans sa chambre, et se laissa tomber sur son lit, sanglotant, craignant de ne plus jamais revoir sa mère ni la serrer contre lui. Et, par-dessus tout, il se sentait responsable de ce qui était arrivé. S'il avait été plus fort… S'il était arrivé plus t?t…

  Non. S'il n'était pas intervenu à ce moment-là… cela ne serait jamais arrivé. Il aurait d? obéir et retourner dans sa chambre : tout était de sa faute.

  Owen ferma les yeux et s'endormit, les yeux rouges et la tête endolorie.

  ???

  Cette nuit-là, un cauchemar le réveilla en sueur et le c?ur palpitant à tout rompre. Il avait vu sa mère lui être arrachée sous ses yeux par son immense père au regard froid et calculateur. Dans le rêve, son père lui répétait qu'il attendait de grandes choses de lui… et qu'il ne devait pas s'encombrer d'un fardeau. Qu'il devait devenir plus fort et le surpasser, pour voler de ses propres ailes.

  Il ne pensait pas pouvoir être déstabilisé si facilement, surtout après avoir exploré les songes de tant d'autres personnes. Mais compte tenu des circonstances, il savait aussi que ce rêve détenait une part de vérité…

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  Il tenta alors de renouer un contact mental avec sa mère, sans succès. Il en ignorait la raison. était-ce parce qu'il ignorait où elle se trouvait ? Peut-être était-elle simplement incapable de l'entendre ?

  ???

  Dix jours s'étaient déjà écoulés depuis qu'il avait été blessé. Pendant cette période, il n'obtint aucune information supplémentaire. Son père ne se montra pas non plus. Ses le?ons reprirent, sans qu'on lui laisse le choix ; mais le c?ur n'y était pas.

  Chaque soir, sans exception, il tentait de percevoir la présence de sa mère par l'esprit. Ses tentatives étaient vouées à l'échec.

  Mais cette nuit-là, il fut interrompu par quelqu'un qui frappait doucement à la porte. Il se releva et invita le visiteur à entrer.

  Il s'agissait de la suivante qui s'occupait d'habitude de sa mère. Nerveuse, elle entra, referma la porte derrière elle et s'inclina avec respect :

  — Pardonnez-moi de vous déranger si tard, jeune Prince… Je voulais simplement m'assurer que vous alliez bien…

  Owen ne répondit pas, baissant les yeux.

  — Je ne vous dérangerai pas longtemps, continua-t-elle. Je sais que… vous êtes inquiet… pour votre mère. Elle va bien.

  La suivante jetait de temps en temps des coups d'?il par-dessus son épaule, comme si elle craignait que quelqu'un ne la surprenne.

  Il leva alors les yeux vers elle et demanda avec empressement :

  — Vous l'avez vue ? Vous savez où elle est ?

  — Oui, elle se trouve dans les ge?les. Je lui apporte son repas, chaque jour, mais je ne peux m'y attarder davantage.

  — Est-ce que je peux la voir ?

  — Peut-être… si vous êtes prudent… Sa Majesté est très occupée et ne lui a pas rendu visite. Mais s'il vous pla?t, restez discret. Le garde pourrait vous dénoncer.

  — Merci beaucoup ! dit Owen souriant, les yeux brillants d'espoir.

  — Je vous en prie, dit-elle en lui rendant son sourire. Mais n'en parlez à personne.

  — Promis.

  à ces mots, la suivante quitta la pièce sans un bruit.

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