Bien qu'il se f?t préparé à accueillir le flot de souvenirs, la surcharge d'images et leur impact émotionnel furent si intenses qu'Owen en tomba à la renverse, rompant soudainement le contact mental avec sa mère.
Lorsqu'il leva les yeux à nouveau vers elle, il fut bouleversé.
Pétrifiée, elle le regardait d'un air absent, le souffle court, ses larmes coulant sans interruption. Il réalisa que fouiller dans sa mémoire avait ravivé en elle ces souvenirs douloureux. C'était la première fois qu'il la voyait fondre en larmes devant lui.
Son père était allé trop loin. Owen sentit quelque chose se briser en lui, son sang bouillant dans ses veines. Il n'avait encore jamais ressenti une colère d'une telle intensité. Il serra les poings.
Quelques instants passèrent sans qu'aucun ne rompe le silence. Il pensait qu'elle refuserait, par crainte, de le laisser s'approcher à nouveau. Elle était comme figée, les larmes continuant inlassablement de couler.
Puis, revenant peu à peu à elle, elle cligna des yeux et les essuya. Son souffle devint plus régulier ; elle prit alors une grande inspiration pour retrouver son calme.
Voyant son fils toujours à terre, elle se leva et se laissa tomber à genoux près de lui, l'enla?ant tendrement. Une vague de soulagement le submergea.
— Owen… ce que j'ai vu à l'instant, tu l'as vu aussi, n'est-ce pas ? Est-ce que… tu as fouillé… dans ma mémoire ? demanda-t-elle.
— Oui…
— Est-ce que tu vas bien ? Tu ne devrais pas… tu n'as pas besoin de voir ?a. Ne t'inquiète pas, je vais—
— Non, tu ne vas pas bien ! la coupa-t-il. Je sais que père te fait du mal. Mais je voulais en être s?r. Arrête de me maintenir à l'écart. Je peux te protéger, tu sais.
Devant tant de franchise, elle le regarda avec stupéfaction.
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Si jeune, il avait pourtant su voir derrière le masque qu'elle adoptait lorsqu'il était là. Elle ne voulait pas l'impliquer, pour le protéger, lui, mais aussi par peur des représailles envers elle-même.
— Tu es un bon gar?on… j'ai vraiment de la chance de t'avoir, dit-elle avec un sourire triste. Tu as bien grandi. Mais s'il venait à te faire du mal à cause de moi, je ne me le pardonnerais jamais.
Il réfléchit un instant, avant de demander :
— Dis, pourquoi… Pourquoi as-tu peur de moi ?
— Je… non… ce n'est pas ce que je voulais… Mais, tu lui ressembles tellement, parfois, j'ai l'impression de le voir… avoua-t-elle en détournant le regard. Je suis désolée, Owen. Je t'aime. Vraiment de tout mon c?ur, finit-elle en le regardant à nouveau dans les yeux.
— Je le sais. Moi aussi je t'aime maman. Je ne veux plus continuer à faire semblant. Je veux t'aider. Je veux qu'il paie.
Un frisson la parcourut. était-ce la crainte de l'avenir, ou bien la détermination de son fils qui l'ébranlait ? Nul ne le savait.
— Tu es fort, Owen. Bien plus que je ne le serai jamais. Tu as des capacités prodigieuses. Je suis fière de toi. Mais n'oublie pas que tu es encore un enfant. Sa Majesté… enfin, ton père, est inflexible. Il ne cèdera pas aussi facilement que la dernière fois. Et tu ne peux pas toujours être là. J'ai confiance en toi, mais tu dois savoir de quoi il est capable. Que penses-tu pouvoir faire contre lui ?
— Je… je ne sais pas encore. Mais maintenant que je connais la vérité, je trouverai une solution. Je ne le laisserai pas l'emporter. Je ne le laisserai plus te toucher.
Elle l'observa silencieusement, le regard chargé de bienveillance, puis dit en soupirant :
— Si tu es au moins aussi têtu que lui, je doute de pouvoir te faire changer d'avis, pas vrai ?
Il secoua la tête. Elle poursuivit.
— Dans ce cas… promets-moi que tu ne tenteras rien avant d'être s?r que ?a ira. Que tu ne lui diras rien de ce qui vient de se passer. Et… elle marqua une pause. Si ?a tournait mal… laisse-moi en assumer les conséquences. Promets-le moi.
Il ne dit rien. Il ne voulait pas la voir se sacrifier une fois de plus pour lui ; mais elle n'en démordrait pas. Alors il lui répondit enfin, à contrec?ur :
— Promis.

