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Chapitre 15 - Visite Nocturne

  Peu après le départ de la suivante, Owen ne perdit pas de temps : ne voulant laisser sa mère seule un instant de plus, il tenta de sortir de sa chambre, mais le garde en poste lui barra aussit?t le passage.

  Il hésita un instant. Peut-être pouvait-il utiliser son don : jusqu'ici, seul son père avait remarqué ses incursions mentales.

  Il se concentra, s'approcha mentalement du garde et fouilla dans ses souvenirs. Très vite, un souvenir se détacha : l'homme, radieux, entouré de sa famille, un enfant dans les bras — un souvenir puissant.

  Owen s'y accrocha, puis laissa remonter à sa mémoire les punitions que son père infligeait à ceux qui désobéissaient. L'image changea dans son esprit et devint terrible : la famille du garde, brisée par l'Empereur.

  Le choc fut immédiat. L'homme tressaillit, porta les mains à sa tête et laissa échapper un cri étranglé. Ses yeux se perdirent dans le vide. Il recula, trébucha contre le mur et glissa presque jusqu'au sol.

  Pendant un long moment, il resta ainsi — haletant, tremblant, prisonnier d'un cauchemar éveillé.

  Owen attendit le meilleur moment, le c?ur battant, puis se glissa silencieusement dans le couloir. Le garde ne le dérangerait plus pour l'instant.

  L'étage était sombre malgré la faible lueur qui brillait des torches et des chandeliers. Le silence qui régnait dans tout le palais témoignait que ses résidents dormaient profondément. Owen longea les murs sans le moindre bruit. Grace à son pouvoir, il sentait où les gardes se trouvaient rien qu'en fermant les yeux — il les évita sans difficulté.

  Le palais était immense et compliqué, avec plusieurs étages et sous-sols. On pouvait facilement s'y perdre. Sa chambre et celle de son père se situaient au même niveau ; celle de sa mère, à l'étage supérieur. Pour atteindre les ge?les, il devrait se diriger vers les niveaux inférieurs.

  Il descendit plusieurs escaliers et franchit autant de portes, évitant les patrouilles, jusqu'au couloir des ge?les. Son ventre se noua et il retint sa respiration.

  ???

  Dans les ge?les, une jeune fille tentait de trouver le sommeil, à moitié allongée sur une paillasse à même le sol. La cellule n'était même pas assez grande pour qu'elle puisse s'y étendre correctement. L'air était aussi froid que le sol détrempé. Seule une torche en train de s'éteindre donnait un semblant de lumière dans cet enfer de solitude. Les bruits provenaient des rats et autres créatures r?dant en quête de restes de nourriture.

  L'odeur était putride, un mélange de moisissure et d'ammoniac qui rendait la respiration difficile. Quelques prisonniers, dans les cellules voisines, toussaient de plus en plus. De jour comme de nuit, on entendait des rales et des cris de détresse. Les seules visites étaient celles des gardes apportant un maigre repas quotidien — juste assez pour survivre.

  La jeune fille tremblait de froid et de faim. Contrairement aux autres condamnés, sa suivante lui apportait ses repas en personne. Mais c'était la seule chose qu'elle pouvait lui offrir : elle n'avait le droit ni d'entrer dans la cellule, ni de lui parler. La jeune fille n'avait pas pu changer de tenue ni même faire un brin de toilette depuis qu'elle avait été injustement jetée au cachot. Les conditions de vie étaient si insoutenables que beaucoup finissaient par céder à la folie.

  Elle repensa aux jours passés seule dans sa chambre, après sa blessure et sa séparation d'avec son fils, et réprima un rire. Au moins, à cette époque, elle avait tout ce qu'il lui fallait : le confort, la chaleur et l'hygiène.

  Mais alors qu'elle se for?ait à garder les yeux clos, refusant de céder à la peur, un grincement se fit entendre. Elle reconnaissait ce bruit, mais il était rare de l'entendre en pleine nuit.

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  Une porte s'ouvrit et elle entendit la voix familière du garde provenant du couloir. Intriguée, les paupières closes, elle tendit l'oreille entre deux cris, cherchant à en comprendre les paroles. Elle entendit un gémissement étouffé, puis la voix s'éteignit aussit?t. Plus personne ne parla. à qui le garde s'adressait-il à cet instant ?

  Plusieurs minutes passèrent sans qu'il ne se passe rien. Dé?ue, elle relacha sa concentration et tenta de nouveau de trouver le sommeil. Mais, doucement, comme pour étouffer son grincement, la porte du cachot s'ouvrit enfin. Elle ouvrit les yeux.

  Dans l'encadrement de la porte, en haut des marches, une silhouette à la chevelure argentée apparut. à la faible lueur de la torche, elle ne distingua pas son visage. La première personne qui lui vint à l'esprit fut l'Empereur. Peut-être venait-il la récupérer… ou, au contraire, mettre fin à son calvaire et se débarrasser d'elle pour de bon.

  La silhouette descendit les marches, se posta devant sa cellule, et tomba à genoux, tremblante. Elle était bien trop petite pour être l'Empereur.

  — Owen ? demanda la jeune fille, d'une voix incertaine.

  — Maman… je suis désolé… pardonne-moi… c'est ma faute… répondit Owen, sanglotant.

  Sa mère se redressa, passa ses mains glacées à travers les barreaux, puis prit celles de son fils, encore chaudes.

  — Non, mon chéri, dit-elle d'un ton triste. Ce n'est pas ta faute. Tu n'as pas à t'en vouloir. Dis-moi, est-ce que tu es blessé ?

  Il secoua la tête.

  — Bien… tant mieux, continua-t-elle dans un soupir de soulagement. Comment es-tu arrivé jusqu'ici ? S'ils apprennent… s'il apprend que tu es venu…

  — Maman… j'ai pris une décision.

  — Une décision ?

  — Je ne peux pas te protéger de lui. J'en suis incapable. Alors, je vais trouver un moyen… pour nous enfuir. Je te ferai quitter cet endroit.

  La jeune fille ne dit rien. Elle le regarda avec attention, bien que le contre-jour l'empêchait de voir ses yeux.

  — Owen… je… Je te remercie de t'inquiéter pour moi. Mais… tu ne peux pas prendre un tel risque. Tu l'as bien vu : il pourrait te tuer, il en est capable.

  — Non, maman. C'est vrai qu'il… m'a fait mal. Mais… il se retenait, je l'ai senti. Et aussi… il a dit que j'étais comme lui, alors… peut-être que… je ne peux pas mourir ?

  à ses paroles, un frisson parcourut la jeune fille. Ce qu'il s'était passé n'avait pas suffi à le décourager ; il souhaitait toujours la protéger, au péril de sa vie.

  — Je suis désolée, Owen. Tout cela ne serait pas arrivé si je n'étais pas si faible. Prends soin de toi et reste en sécurité, c'est tout ce que je veux, tu sais ?

  — Maman…

  — Je t'en prie, Owen. écoute-moi. Retourne dans ta chambre, fais ce qu'on te dit, et tout se passera bien. Il ne me laissera pas ici pour toujours, j'en suis s?re. On se reverra bient?t. Je t'aime, Owen. Sois prudent.

  Comprenant qu'elle ne céderait pas, il ne répondit rien. Après un long moment, il s'éloigna et quitta le cachot. Lorsqu'il franchit la porte, sa mère entendit un ? Je t'aime ? murmuré.

  Assise contre les barreaux de sa cellule, elle resta seule dans les ténèbres, perdue dans ses pensées, un sourire triste aux lèvres. Cette visite impromptue lui avait mis du baume au c?ur, mais elle ne put s'empêcher de redouter d'autant plus l'avenir.

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